2006-01-16 (art) « Psychothérapie analytique », avec résumé de « Vide juridique ? Quel vide juridique ? » — Avec textes de Jean Cournut et de Gérard Bayle, présidents de la SPP Société psychanalytique de Paris, notamment sur un agrément des associations de psychanalystes par l’État

http://lta.frdm.fr/7
Document du lundi 16 janvier 2006
Article mis à jour le 11 septembre 2011
par  frdm

msg-5162

Re : Proposition G. Bayle de décrets pour agréer associations de psychanalystes
Envoyé par : François-R. Dupond Muzart
Date : Mon 16 January 2006 22:20:29

À propos de :

 
Re :
Ci-après paragraphes conclusifs d’article « Psychanalyse : Vide juridique ? Quel vide juridique ? », avec leurs notes.

http://lta.frdm.fr/frdm/vj/psychana...

Rendu public sur le présent Forum Oedipe.org (janvier 2004), et sommaire sur États généraux de la psychanalyse http://www.etatsgeneraux-psychanaly...

Cf. ci-dessous tout particulièrement :
— le tout dernier paragraphe de l’article, avant Notes
— le texte cité de Jean COURNUT président et au nom de la SPP :

« Lettre aux ministères – À propos d’un statut des psychothérapeutes », 15 mai 2001 ; toujours disponible sur http://psicomundo.com/foros/psa-est...

<<

(…) L’on voit aussi qu’il s’agirait de jouer de l’autorité de l’État pour y jouer soi-même.

C’est même chose : le juge n’aurait plus aucune raison de rétracter son autorité devant quelqu’un qui jouerait à en exercer une autre ; c’est seulement parce que la cure exclut tout exercice d’autorité, ne se réclame d’aucune, et dès lors représente l’“antimatière” du juridictionnel, comme nous l’avons développé en introduction, que le juge a pu conclure à n’y mettre pas l’œil, ni l’oreille.(…)

En toute hypothèse, il ne peut être question de priver l’État de vérifier que les gens sont ce qu’ils disent qu’ils sont et font ce qu’ils disent qu’ils font, et d’en tirer des conclusions, et que ce soit sur le plan fiscal, en tout cas pour ce qui concerne la 6e directive européenne, si pas de manière cohérente, malheureusement, la transposition française, ou sur le plan juridictionnel, la psychanalyse et les psychanalystes ne semblent pas avoir été pris pour autre chose que ce qu’ils disent qu’ils sont et ce qu’ils disent qu’ils font.

C’est précisément ce qui devrait les mettre au dessus de tout soupçon lorsqu’ils attirent l’attention des pouvoirs publics sur les erreurs à ne pas commettre avec et au sujet des “psychothérapies” et des “psychothérapeutes”.

Mots auxquels nous ne mettons des guillemets que dès lors d’une part qu’ils sont transitoires, appelés à être immédiatement remplacés par d’autres au cas de réservation normative de leur emploi, et d’autre part que n’avons pas approfondi la question qu’ils posent en tant que tels.

Nous nous sommes bien gardé ici d’en prononcer les mérites, dont il est pourtant bien certain qu’ils existent sur un autre plan que ceux de la psychanalyse, ou les risques, hormis ceux de l’usurpation lucrativement bricolée au cas de prétention à reconnaître des “psychothérapies psychanalytiques” ou d’“inspiration psychanalytique” distinctes de la psychanalyse-tout-court [6].

Une reconnaissance par l’État de “psychothérapies psychanalytiques” ou d’“inspiration psychanalytique” et par dessus le marché, chimère d’infantilisme et de lucre, de “psychothérapeutes psychanalystes”, qui relèverait dans les termes mêmes grossièrement de la théorie freudienne primitive [7] dite “de la séduction” [8], serait ni plus ni moins que la consécration de « défenses » au sens et confirmatives de la psychanalyse elle-même [9] (dans les pires dérives américaines [10] que Freud avait d’ailleurs prévues avec précision), défenses manifestées par certains en raison d’un « bénéfice » personnel seul limpide, défenses contre l’approfondissement par une psychanalyse personnelle tout en prétendant en apporter des lumières assourdies à d’autres, au lieu de s’être préparé à les leur faire trouver en eux-mêmes par une qualité de psychanalyste accompli : au sens commun du juriste, si ce n’est exactement à celui ailleurs de la psychanalyse.

Notes :

[6] [A] Pour cet aspect et l’articulation entre psychothérapie-psychothérapeute et psychanalyse-psychanalyste, nous avons bénéficié de l’article « Le pas de Freud de la psychothérapie à la psychanalyse » par Annie Tardits, comportant présentation de l’évolution historique de la question, le tout particulièrement limpide pour le juriste, in oedipe.org, section « Petit Journal ». http://oedipe.org/index.php/languag...

[7] « Primitive » : comme les arts éponymes — ou même comme les arts pré-langagiers.

[8] Cf. les notes signalées par [A] ci-avant et ci-après.

[b][9] Cf. « Lettre aux ministères – À propos d’un statut des psychothérapeutes », 15 mai 2001, par Jean Cournut au nom de la Société Psychanalytique de Paris - S.P.P., particulièrement précis, concis et éclairant pour cette question juridique : http://psicomundo.com/foros/psa-est...

[10] [B] Cf. « Des maladies introuvables aux États Unis : ‘hystérie collective’ ou pathologie de masse de l’imaginaire individualiste ? », version révisée d’un article paru dans Le débat no 108, janvier-février 2000, par Pierre-Henri Castel : site oedipe.org, section « Archives », page « Hystérie collective aux États Unis ? ». http://oedipe.org/index.php/languag...

>>


Texte précité de Jean COURNUT
président agissant à titre officiel envers le gouvernement
au nom de la Société psychanalytique de Paris - SPP

Lettre aux ministères
À propos d’un statut des psychothérapeutes

« Des rencontres et discussions avec les membres de l’A.P.F., du IVe Groupe et de plusieurs groupes lacaniens ou néo-lacaniens n’ont pas abouti à l’envoi au Ministère d’une déclaration commune. Toutefois, on a proposé un envoi en salve, de déclaration, somme toute, voisines mais non cosignées.
On trouvera ci-dessous la lettre adressée aux Ministères au nom de la Société Psychanalytique de Paris »

Paris, le 15 mai 2001

À
Madame Elisabeth Guigou, Ministre de l’Emploi et de la Solidarité
Monsieur Bernard Kouchner, Ministre Délégué à la Santé
Copies à
Monsieur Obrecht, Conseiller Technique
Madame Cuvillier, Chef du Bureau de la Santé Mentale

Madame le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité,
Monsieur le Ministre Délégué à la Santé,

Dans les débats actuels concernant une éventuelle réglementation de l’exercice de ce que l’on appelle couramment « psychothérapie(s) », et après entretien avec le Docteur Obrecht, Conseiller du Ministère, je tiens par la présente lettre à préciser les trois points suivants. Je le fais au nom de la Société Psychanalytique de Paris et après concertation avec des représentants de sociétés de psychanalystes adoptant des positions similaires.

  • 1. Sous l’appellation « psychothérapie(s) » s’effectuent des exercices dont les références idéologiques et les modalités pratiques sont trop diverses pour qu’on puisse valablement et honnêtement les réunir sous un même vocable, et à fortiori, sous un même titre. À vouloir les regrouper – et ainsi les cautionner – les Pouvoirs Publics s’engageraient dans une libéralité dangereuse qui ne fournirait au public aucune des garanties éthiques et techniques qu’il est en droit d’exiger.
  • 2. Par ailleurs, certains de ces exercices récupèrent abusivement les appellations « psychanalyse » et « psychanalyste » alors que les dits « psychothérapeutes » n’ont ni le bagage théorique, ni la formation personnelle, ni l’entraînement à la pratique psychanalytique.
  • 3. En effet :
    • 3.1. La psychanalyse est une investigation de processus psychiques inaccessibles autrement et une méthode thérapeutique qui se fondent sur la découverte freudienne et sur l’enrichissement et l’approfondissement de ses applications cliniques.
    • 3.2. La référence à l’inconscient et au transfert lui est indispensable. Qui n’en a pas fait l’expérience personnelle sur le divan ne peut prétendre à une formation de psychanalyste.
    • 3.3. La psychanalyse inclut la pratique de variantes de la cure adaptées à l’organisation psychique de certains patients. La psychanalyse se démarque de toutes les autres méthodes psychologiques et psychothérapiques car en privilégiant l’interprétation du transfert, au lieu d’utiliser celui-ci, elle cherche – sans aucune visée d’adaptation à quelque modèle préétabli que ce soit – à éliminer autant que faire se peut toute suggestion.
    • 3.4. L’ensemble de ces principes exige un cadre de la cure en relation avec l’ethique psychanalytique. Celle-ci requiert du praticien neutralité et confidentialité inséparables de la technique même de la psychanalyse.

 
C’est en s’étayant sur cette déclaration de principe que je me permets, au nom de la Société Psychanalytique de Paris, d’une part de lancer aux Pouvoirs Publics cet avis de prudence et d’autres part d’insister sur la spécificité de la psychanalyse qui maintient celle-ci en principe hors des débats concernant les « psychothérapie(s) ».

Je vous prie, Madame le Ministre, Monsieur le Ministre Délégué, de croire en ma haute considération.

Jean Cournut

Mai 2001


Verbatim précité du 10 janvier 2006 de Gérard Bayle, président de la SPP, Société Psychanalytique de Paris

Réunion du 10 janvier 2006 organisée par le ministère de la santé en vue de la rédaction du décret d’application relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.
Réunion dirigé par Bernard Basset.

« Gérard Bayle — Société psychanalytique de Paris :

Je voudrais faire une remarque proche de ce qui vient d’être évoqué à propos de la protection du public. Il faut se protéger des dérives sectaires.
L’inscription peut fonctionner comme un cheval de Troie pour les sectes. N’importe qui peut créer une association de psychanalystes.
Ceci constitue une faille dans le dispositif. Il faut demeurer vigilant face à ce qui inspire l’esprit de la loi, son souci constant. Tous ceux qui sont soucieux de l’intérêt, de la protection du public et des usagers comprendront qu’il faudrait assortir la mention de psychothérapeute en indiquant de quel type de psychothérapeute il s’agit.

La loi parle des associations de psychanalystes. Il faut préciser par décret quelles sont les associations de psychanalystes pour que des non psychanalystes ne se déclarent pas psychanalystes.

Il convient que par décret ou par arrêté des dispositions permettent de contrôler la réalité des déclarations. »


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