2006-2007 Argument du séminaire IHEP - ENS de François-R. Dupond Muzart : frdm

PSYCHANALYSE ET DROIT, SCIENCE POLITIQUE
Document du vendredi 1er septembre 2006
Article mis à jour le 10 octobre 2007
par  frdm

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Les questionnements philosophiques là où ils se forment, au cœur des différentes sciences, se complètent par des interrogations fondamentales que soulèvent tant le droit que la psychanalyse.

D’un point de vue juridique, tant le droit lui-même que la psychanalyse sont des sciences. Quant à la philosophie du droit, à dire plus exactement théorie du droit, elle s’inscrit dans la science politique irrecevable en raisonnement juridique strictement dit.

Ainsi l’intersection psychanalyse / droit / science politique présente des aspects directs de philosophie, en perspective de questions “simplement fondamentales” qui excluent le raisonnement philosophique.

Les interrogations réciproques que présente cette intersection ont été mobilisées notamment par la figuration de la psychanalyse dans la loi civile en France depuis les 30 juillet-9 août 2004 par la mention des psychanalystes dans les termes de l’article 52, relatif à l’usage du titre institué de psychothérapeute, de loi promulguée 9 août 2004, relative à la politique de santé publique.

Cette figuration de la psychanalyse pour première fois en France dans un texte législatif de droit civil servira, en tant que de besoin et d’actualité de mesures d’application à caractère réglementaire voire à caractère individuel, de manifestation concrète d’intersection psychanalyse / droit / science politique.

Cette figuration de la psychanalyse contraint désormais les psychanalystes qui désirent prévenir les confusions normatives et y parer à s’exprimer en termes recevables en raisonnement juridique : déjà l’administration, le pouvoir réglementaire, ne sauraient de façon légitime prendre en considération des observations qui seraient par ailleurs sans portée comme irrecevables devant les juridictions administratives.
Par surcroît cette figuration contraint à représenter à nouveaux frais l’articulation des termes :
“psychanalyste, psychanalyse” et “psychothérapeute, psychothérapie(s)”.
Et pour le tout cette figuration élève la question de l’articulation du pluriel des lois, par l’application ou l’interprétation légalement exclusives l’une de l’autre, là où curieusement “la psychanalyse” pourrait paraître se limiter à discourir de l’abstraite, singulière, unicité de “la” loi, abstraction exclusive d’articulations.

Comme l’on ne peut douter — alors si… — que les psychanalystes puissent désirer être directement audibles par les juristes, voire par l’administration, dans cette mesure les psychanalystes pourraient aussi, s’agissant de “leur langue”, désirer éviter les services de traducteurs assermentés.
En effet, le vocabulaire juridique est beaucoup plus proche de l’étymologie concrète que les autres vocabulaires.
Ainsi dans le Code civil, la notion d’“invention” correspond à celle d’origine latine de “rencontre” — ainsi de l’“invention d’un trésor” en creusant dans son jardin —, et cette notion ne correspond nullement à celle de “création”. Il sera à tout moment fait observer que dès lors, ce qu’il s’agit de raconter dans le présent séminaire ne saurait être que de pure invention, puisque et c’est-à-dire ce qu’il est possible de rencontrer aux intersections.
Aussi, la notion d’“acte” suppose en droit un tiers, tandis qu’en psychanalyse elle paraît l’exclure. Ou bien il y faut un traducteur assermenté devant les juridictions, ou bien il faudra revoir la question, mais ce sera un peu rude.

À s’en tenir à ces deux exemples, il est inévitable que les juristes à qui leur discipline paraît plus antique tiennent “la psychanalyse” comme se voulant inaudible. Ce qui suffisait jusqu’ici à écarter des cures l’oreille des juristes, et dès lors à ceux-ci à en écarter celle de tous autres.

À se contenter d’une telle rente de situation a minima, alors que la figuration de la psychanalyse apparue dans la loi civile suppose de formuler des représentations appropriées, le contraire pourrait désormais survenir, du moins de la part de l’administration.
En effet, puisque les psychanalystes figurent désormais dans la loi, c’est que la psychanalyse existe, et dès lors il va bien falloir savoir ce que c’est.
Et à défaut de représentations spontanées autrement que pour elle à contresens terminologiques précités, l’administration ne saurait s’estimer savoir ce que c’est, la psychanalyse, sans d’office s’inviter dans ce qui s’y passe, c’est-à-dire d’abord y planter des experts prétendus : de telles tentatives sont déjà attentats incessants.

Or, à raison avec le droit d’ambition partagée d’interprétation, les psychanalystes ne sauraient être les moins bien pourvus pour analyser des confusions juridiques, voire réglementaires, au sujet de la psychanalyse.
Pour une “exception française” qui vaille, à d’autres, et ne se limite pas, au reste.

La source des confusions dont il s’agit est double :
— déjà celle supposant d’office aux juristes une essentielle aptitude à synthèse tirée d’expertise, comme prétendue s’évincer de leur pratique des conclusions…
— ensemble celle consistant à s’attendre de la part des psychanalystes à des conclusions expertisables : puisqu’ils font de l’interprétation…

Les juristes seraient ainsi d’office dextrogyres, et les psychanalystes d’autant lévogyres. Du moins, si l’on est myope.
Mais ceci, par brassage symétrique des confusions, ferait facilement penser à une commune inépuisable “soupe primitive”.

De telles vues pourraient déboucher un reste de métaphysique ou d’onto-théologie dans la psychanalyse comme dans le droit — dans la mémoire, pour ne-pas-dire dans l’histoire, de la pensée occidentale —, et dès lors sur ce que serait une supposable “violence de la psychanalyse” à la mesure d’une posée “violence du droit”.
Sur ce que serait “force de loi”, celle-ci générique, ou bien théorique : collective — comme collection disparate, sauf articulations sans cesse remises en question.


http://www.ihep.fr/psychanalyse/Sem...



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