2007-2008-2009 Argument du séminaire IHEP - ENS de François-R. Dupond Muzart : frdm

PSYCHANALYSE ET DROIT, SCIENCE POLITIQUE
Document du mercredi 1er août 2007
Article mis à jour le 21 février 2009
par  frdm

« Pourquoi y a-t-il quelque chose, plutôt que tout partout ? »

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Cf. — 20070612 « Normativité » in « Cahiers du Conseil constitutionnel » n°21,
— Freud  : Totem et tabou, Payot – 4e chapitre, à partir de la section 5, sur le père de la horde

Les questionnements philosophiques là où ils se forment, au cœur des différentes sciences, se complètent par des interrogations fondamentales que soulèvent tant le droit que la psychanalyse.

D’un point de vue juridique, tant le droit lui-même que la psychanalyse sont des sciences. Quant à la philosophie du droit, à dire plus exactement théorie du droit, elle s’inscrit dans la science politique irrecevable en raisonnement juridique strictement dit.

Ainsi l’intersection psychanalyse / droit / science politique présente des aspects directs de philosophie, en perspective de questions “simplement fondamentales” qui excluent le raisonnement philosophique et plus largement les idées philosophiques.

Une telle exclusion est bien souvent déroutante. La démarche classique en philosophie et celle du droit consiste de façon non moins déroutante à examiner, sous le vocable de droit, des systèmes qui se présentent comme étant… juridiques. Il s’agit des systèmes où l’on s’accorde à reconnaître des juridictions, au moins formellement distinctes des gouvernements et, ou, des législateurs. L’on se pose alors la question, détachée de chaque système en particulier, d’identifier les traits caractéristiques du « droit », l’universalité du droit. Et ce n’est que finalement, que l’on peut se disposer à examiner dans quelle mesure chaque système particulier s’écarte ou non de ce qui se dégage comme traits communs…

Une telle démarche pose des « existences » : le droit « existe », les juges « existent », et même, l’État « existe », il s’agit simplement de les « trouver »… là où même ils ne « sont » pas encore. Il s’agit de la démarche principale de Hans Kelsen, dont, coïncidence, les philosophes disputent l’étude aux juristes. Cependant, et curieusement, personne, et pas même Kelsen, ni les philosophes qui en disputent l’étude aux juristes, ni ces derniers, n’ont jamais rencontré ni l’État, ni le droit. On peut dire seulement qu’ils ont pu rencontrer des juges…

Ici comme ailleurs la « réponse » est dans la « question » : il s’agira de développer les considérations dans lesquelles ce sont les articulations entre les notions d’État, de droit, de lois, qui existent, que ces articulations sont les seules qu’il est possible de rencontrer, et que les notions précitées ne sont que l’expression de ces rencontres. Il est depuis toujours vain de définir ce qu’est le droit, ce qu’est l’État, ce que « sont » les juges : ils ne sont rien que par leurs articulations respectives, ils ne sont objets de paroles un peu moins vaines qu’en ce qu’ils résultent de ces articulations.

Autrement dit, que veut le rédacteur d’une Constitution ? S’agissant d’une Constitution telle celle française en vigueur, ou : même s’agissant de celle-ci, l’on s’aperçoit qu’hormis les articulations de « pouvoirs », d’« autorités », qui sont constitués en tant qu’ils sont liés, il ne se trouve rien. Ce que veut pouvoir rencontrer le Constituant une fois son œuvre faite, c’est l’articulation entre des « représentants », ce ne sont pas des « choses ». Le Constituant ne veut pas rencontrer le « droit », il veut que le « droit » résulte de l’articulation entre… entre qui donc, et non pas quoi donc ? Entre les représentants qui font les lois, ceux qui les exécutent, et ceux qui en cas de difficulté disent comment les exécuter. Des représentants sont constitués ; la matière de leur représentation ne présente aucun intérêt constitutionnel à définir, sauf dans l’intersection de leurs représentations. Ou c’est plutôt par ces intersections que les représentants, qui n’ont jamais rencontré ce qu’ils représentent, peuvent se faire une idée de ce qu’ils représentent. Mais ce ne seront jamais que des idées, comme telles inopposables aux autres catégories de représentants constitués…

La question est donc de savoir, pourquoi instituer telle catégorie de représentants en contemplation de telles autres, d’une façon, plutôt que d’une autre ? La question est donc : que veut le constituant, que veut-il rencontrer « dehors » une fois son œuvre faite ? Ou bien la question peut se dire : à quelles intersections de représentations le constituant veut-il voir les constitués se disputer, plutôt qu’à d’autres, que l’œuvre a voulu écarter ? — ou : …pourquoi y a-t-il quelque chose, plutôt que tout partout ?

Dans ces conditions, le « droit » est non pas même le résultat de la dispute considérée, c’est la dispute considérée qui devra être qualifiée comme « étant » le droit. Et de même s’agissant des lois, et du gouvernement.

La philosophie à tirer d’une telle démarche paraît excessivement pauvre. Or, le présent argument commençait par l’exposition de l’interdiction de l’argument philosophique dans le raisonnement juridique. Nous avons dans ces conditions les meilleures assurances de présenter le droit, et non la croyance dans ce qui serait l’« existence » du droit. De l’État. De la… justice. Il faut ne pas savoir ce que tout ceci n’est pas, pour en croire à l’existence. Voilà donc l’intersection du droit, de la science politique… et de la psychanalyse… science de disputation, c’est-à-dire de ce que les interlocuteurs s’opposent — les interlocuteurs absents : représentés ?



Réf. :

20070612 « Normativité » in « Cahiers du Conseil constitutionnel » no21
Les Cahiers du Conseil constitutionnel présentent dans leur no21, dont teneur publiée le 12 juin 2007 sur le site du Conseil :
http://www.conseil-constitutionnel....
une série d’articles en ligne sur le thème de la « normativité ».
Ces articles sont à comparer avec les exposés suivants :


http://www.ihep.fr/psychanalyse/Sem...



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