20070220 Psychiatrie : « description des faits » et « pouvoirs publics » ; Sophie Bialek

Réception de l’activité des psychiatres par les pouvoirs publics
Document du mardi 20 février 2007
Article mis à jour le 24 mai 2007
par  frdm

(…) Les psychiatres ont donc à lever le secret sur leurs capacités à dépister la dangerosité de certains patients, et à mettre en œuvre des actions thérapeutiques dont il ne suffit pas d’alléguer l’existence, mais qu’il convient d’expliciter clairement, non seulement en en détaillant l’éventail, mais aussi et surtout, en mettant en évidence les moyens mis en œuvre pour en assurer la continuité y compris dans la longue durée. Tant qu’ils ne se seront pas fait entendre sur ces différents points, les pouvoirs publics resteront fondés à se dire, que « dans l’état actuel de leurs connaissances », ils ne sont pas ceux sur lesquels la société peut compter. (…)

La deuxième chose, dit Éric Malapert, Président du SPEP dans l’entretien rapporté par Marie-Noëlle Godet, est celle-ci : « il y a une extension des dérogations au secret médical qui nous pose d’énormes problèmes, car le secret médical n’est pas, contrairement à ce que certains disent ou veulent faire croire, une loi du silence, il n’est pas fait pour protéger les médecins mais les patients dans ce qui est leur intimité, et en psychiatrie c’est encore plus net, car il est bien évident que si les patients qui peuvent parler de pulsions agressives ou de choses diverses savent qu’on peut transgresser le secret, ils ne nous feront plus être le confident de leurs difficultés à ce sujet et à ce moment là, nous perdront toute possibilité d’action thérapeutique ».

Je pense, pour ma part, que la donne actuelle devrait effectivement enjoindre les psychiatres à lever le « secret médical ». Non pas celui qui concerne nos patients, bien évidemment. Là dessus je partage bien sûr totalement le point de vue qu’il exprime ici. Ce que j’appelle ici « secret médical », c’est précisément le secret que les psychiatres continuent d’entretenir, vis-à-vis du public, au sujet de leur pratique.

Qu’est-ce que j’entends par « la donne actuelle » ? J’entends précisément l’avènement d’une conjoncture à laquelle je donne, sinon pour point de départ, mais du moins comme moment de cristallisation décisive, l’affaire Durn. Je ne reviens pas sur les détails de cette affaire que je suppose connue de tous.
J’en extrairais seulement ceci :

— À quoi avons-nous assisté, médiatiquement s’entend, au lendemain de la tuerie de Nanterre ? Au défilé d’un aréopage de psychiatres universitaires qui ont donné à entendre la plus désinvolte prestation qui puisse se concevoir en pareilles circonstances. L’un a récité une leçon de cour sur la paranoïa, le second a réfuté le diagnostic de paranoïa au nom du fait que « le paranoïaque n’est jamais déprimé » et qu’un paranoïaque « ça se sent », le troisième est allé répéter au micro d’une grande radio que « non, on ne sait pas dépister la dangerosité ». Quant au quatrième, et non des moindres puisqu’alors conseiller scientifique du Directeur Général de la Santé, il a tout bonnement exprimé l’idée que des personnes ayant « le même profil que Durn », il y en avait « des millions en France » (sic) et « qu’on ne pouvait quand même pas enfermer tous ces gens-là » (re-sic). (entendons bien : « on ne peut quand même pas enfermer tous ceux qui nous disent qu’ils veulent tuer leur belle-mère », car c’est ainsi que l’on s’exprime du haut de nos chaires de Facultés).

— Rappelons-nous qu’en outre, l’affaire Durn, du moins dans les tous premiers temps, « sentait » surtout le Prozac. Or il est clair qu’on s’est alors serré les coudes, pour faire barrage à toute mise en cause, si infime soit-elle, des antidépresseurs IRS. Du côté des syndicats de psychiatres hospitaliers, il me semble qu’on n’a pas vraiment idée du point jusqu’auquel certains sont prêts à aller pour préserver et amplifier le succès commercial des antidépresseurs. La psychiatrie de secteur a pu trouver un certain essor grâce à la découverte des neuroleptiques. Or il est clair que nos champions des antidépresseurs et des troubles de l’humeur sont, selon moi, les principaux artisans politiques de son démantèlement, et du grand retour de la psychiatrie autoritaire vers l’asile d’« avant », autrement dit, la prison. Une prison dans laquelle il va sans dire qu’ils s’abstiendront eux-mêmes de mettre jamais les pieds. Sauf pour y mener une enquête épidémiologique destinée à établir qu’il y a là-dedans des « psychotiques » (selon l’enquête accomplie par Rouillon et Falissard pour le compte de la DGS). Étant entendu que les enquêtes épidémiologiques menées en population générale (excluant par définition la population carcérale) ne mettent en évidence, elles, que des « déprimés », il s’en déduit que tant que le fou n’est pas dans la Prison, il est dans la Nature. Et qui plus est « par millions » !

Les psychiatres ont donc à lever le secret sur leurs capacités à dépister la dangerosité de certains patients, et à mettre en œuvre des actions thérapeutiques dont il ne suffit pas d’alléguer l’existence, mais qu’il convient d’expliciter clairement, non seulement en en détaillant l’éventail, mais aussi et surtout, en mettant en évidence les moyens mis en œuvre pour en assurer la continuité y compris dans la longue durée. Tant qu’ils ne se seront pas fait entendre sur ces différents points, les pouvoirs publics resteront fondés à se dire, que « dans l’état actuel de leurs connaissances », ils ne sont pas ceux sur lesquels la société peut compter Et de fait, si on ne peut quand même pas « enfermer tous ces gens-là », il s’agira de signaler leur existence à l’attention d’une autorité supérieure, les ficher… etc.


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(N.B. : cf. mentions relatives au « site-forum Oedipe.org »)


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