ENSEIGNANT-CHERCHEUR, MEMBRE TITULAIRE DES COMMISSIONS DE SPÉCIALISTES
Mai le joli mai, le mois des commissions de spécialistes. L'université recrute ses professeurs et ses maîtres de conférences. En juin, les jeux sont faits. Ici l'on pleure, ici l'on rit. Candides candidats, si vous saviez… Par bonheur, il existe des commissions où l'on travaille de façon honnête, impartiale, au mérite, en cherchant à résoudre l'impossible équation entre le profil d'un poste et celui d'une personne qu'on ne connaît pas, qu'on découvre d'abord sous la forme d'un dossier de candidature, puis durant la "foire aux bestiaux" (qui porte le nom d'audition), cet exercice rituel comme l'université les aime : quinze minutes de parade pour la bête de concours et quinze de tripotage pour nous autres, les maquignons.
Mettez-vous à notre place : cette personne devant nous, c'est-à-dire vous, qui avez deux petits quarts d'heure pour vendre votre peau, que nous intimidons, nous les quinzeinconnus qui vous dévisageons (bien évidemment, il ne nous vient jamais à l'esprit de nous présenter), comment savoir ce qu'elle a dans le ventre? Ah oui, les rapporteurs l'ont dit, et vous l'avez redit dans votre boniment, vous êtes titulaire d'une thèse compostée à l'automate THF (Très honorable avec les félicitations du jury) et vous avez publié quelques articles, forcément des travaux de jeunesse puisque vous êtes jeune… Mais comment savoir si vous ferez l'affaire? Tout recrutement est un pari, car ce fameux profil tient de la carpe et du lapin : une chimère. Vous serez donc spécialiste de ceci (pour notre équipe de recherche) et en même temps de cela (pour les besoins de l'enseignement)
Ainsi va notre quotidien, ainsi ira le vôtre. Et, voyez, nous sommes néanmoins capables de former de bons éléments, tels que vous, et de publier dans les revues internationales
Ailleurs, la commission a carrément fait tilt : concours infructueux. Les billes n'étaient-elles
Voulez-vous que nous parlions du clanisme? Dommage, c'est parfois aussi rigolo que les histoires des O'Timmins et des O'Hara. Ou du népotisme? À ce propos, un conseil : ne vous mariez pas, ne vous pacsez pas, restez dans le concubinage et veillez à déclarer des domiciles séparés. Ainsi madame, membre de la commission, pourra participer au recrutement de monsieur, dont rien n'établit, juridiquement, qu'il a le moindre lien avec elle. Faut-il également dresser la liste des innombrables "irrégularités"
Allons, rassurez-vous, de telles pratiques sont marginales, nos commissions travaillent avec conscience, on ne le répétera jamais assez. Ou alors, il s'agit d'un banal incident, comme il en arrive à tout le monde dans la vie. Vous vous rappelez la scène? Vous poireautez dans le couloir, debout à tour de rôle parce qu'il n'y a qu'une malheureuse chaise pour quatre. Soudain, vacarme : la porte de la salle explose, le professeur Machin surgit, blême, tremblant, s'en va, une main referme la porte. Et puis voilà, plus rien, le calme est revenu. Nous vous le disions : un banal incident de parcours.
La prochaine fois, nous vous raconterons les commissions du CNU (Conseil national des universités). Pour l'heure, future ou futur "Cher(e) collègue", réjouissez-vous

