20071206 CCNE Avis sur l’« autisme » : extraits et articles de presse ; COMMENTAIRE

MàJ 20071217
Document du jeudi 6 décembre 2007
Article mis à jour le 4 mai 2008
par  frdm

#Sommaire-  


— COMMENTAIRE —  

Avis CCNE Autisme, p. 4 :
« une tendance dans notre pays à penser que la reconnaissance symbolique d’un droit peut tenir lieu de substitut à un accès réel à ce droit »
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Commentaire précisé-révisé le 13 déc. 2007.

Dans l’Avis-recommandations 2007 du CCNE relatif à l’autisme (dont extraits ci-dessous), l’unique mention des « psychanalystes » est positive : p. 6, « des formes intéressantes de participation de psychanalystes à des modalités d’accompagnements et de prises en charge multidisciplinaires fondées sur les approches éducatives recommandées au niveau international ».

La pratique de psychanalyse est donc louée dans ce rapport — en tant qu’elle ne s’oppose pas, on va le voir, au droit à l’éducation : en tant qu’elle ne dissuade pas la mise en œuvre du droit à l’éducation, en tant même qu’elle favorise celle-ci, comme il est dit dans la citation ci-avant.

Il faut bien noter que dans l’Avis du CCNE, toutes, absolument toutes les occurrences critiques relative à la psychanalyse portent sur les termes de théorie et de concepts, parfois remplacés par les termes « approche psychanalytique ». Et ce sont « une grande proportion de psychiatres » (p. 6), ou même « les psychiatres » (annexe 3, p. 27) qui sont visés en tant que relayant ces théories et concepts — relayant ces théories et concepts de la psychanalyse, sans qu’il s’agisse de psychanalyse proprement dite, c’est-à-dire de pratique de psychanalyse. À aucun moment « les psychanalystes » ne sont visés.

Les termes « approche psychanalytique » font clairement référence aux termes « théorie » et « concepts » et sont un substitut de ceux-ci ; au demeurant « la psychanalyse » tout court, la pratique de psychanalyse, ne saurait être définie comme une « approche ».

Mais l’avis ne stigmatise pas seulement les « théories » et « concepts », ou « approches », dits « psychanalytiques » relatifs à l’autisme : l’avis rejette tout simplement comme inadmissibles toutes les théories et tous les concepts s’opposant au droit fondamental à l’éducation.

Et s’agissant de l’affirmation d’un droit, l’Avis-recommandations du CCNE est inattaquable : il est impeccable en droit, et notamment dans l’observation (p. 4) stigmatisant « une tendance dans notre pays à penser que la reconnaissance symbolique d’un droit peut tenir lieu de substitut à un accès réel à ce droit ». L’Avis laisse chacun se reconnaître comme il peut dans la « tendance » précitée.

L’« annexe 3 », p. 26-27, est particulièrement nuancée (si l’on veut bien faire abstraction du terme « maladie », qui entre d’ailleurs en contradiction avec d’autres passages de l’Avis-recommandation) : « Les théories psychanalytiques de l’autisme ont eu dans un premier temps pour effet positif d’individualiser l’autisme comme une maladie particulière, conduisant à sortir certaines personnes atteintes d’autisme des « asiles » psychiatriques où elles étaient internées pour tenter de les prendre en charge dans des institutions spécifiques. Mais elles ont dans le même temps entraîné une stigmatisation et une culpabilisation intenses des parents qui étaient d’une part contraints d’abandonner à d’autres leur enfant, et, d’autre part, étaient rejetés et abandonnés à eux-mêmes ».

Par conséquent, en ce qu’il décrit des abus de théories et concepts quels qu’ils soient, ayant entravé le droit fondamental à l’éducation, l’Avis-recommandations du CCNE est impeccable.

« La psychanalyse » n’est jamais visée « en tant que telle » dans l’Avis-recommandation du CCNE. Ce sont les « théories » et « concepts » abusivement appliqués qui sont visés (et pas seulement ceux présentés comme relatifs à la psychanalyse, également les théories et concepts « génétiques »), en tant qu’ils ont été opposés (et continueraient d’être opposés), de fait, au droit à l’éducation, à la mise en œuvre de celui-ci.

François-R. Dupond Muzart

N.B. : Cf. Annonce faite le 23 novembre 2007, de conférence de presse pour présentation-publication de l’Avis no102 le 6 décembre 2007.


Voir aussi pétition : « Les élèves en difficulté à l’école ne sont pas tous des enfants handicapés »  

Voir la pétition : http://pas.d.etiquette.free.fr/

— Articles de PRESSE —  


— EXTRAITS DE L’AVIS-RECOMMANDATIONS 2007 DU CCNE SUR L’« AUTISME », en particulier tous les passages relatifs à la « PSYCHANALYSE » —  


 
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Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé
 
AVIS No 102
 
« SUR LA SITUATION EN FRANCE DES PERSONNES, ENFANTS ET ADULTES, ATTEINTES D’AUTISME »
 
Membres du Groupe de travail :

Jean-Claude Ameisen (rapporteur) — Chantal Deschamps — Claude Kordon — Haïm Korsia — Chantal Lebatard — Philippe Rouvillois
 
Personnes auditionnées :
-- Dominique Amy, psychologue, psychanalyste
-- Michel Favre, Président de l’Association Pro Aid Autisme
-- Evelyne Friedel, Présidente d’Autisme France
-- Bernard Golse, Chef du service de pédopsychiatrie, Hôpital Necker-Enfants- Malades
-- Françoise Grémy, Association Sésame Autisme
-- Daniel Kipman, psychiatre
 
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p. 3-4
 
I. La situation dramatique en France des personnes atteintes d’autisme et de leurs familles. Une longue histoire de souffrance.
 
(…) une tendance dans notre pays à penser que la reconnaissance symbolique d’un droit peut tenir lieu de substitut à un accès réel à ce droit
 
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p. 5
 
II. De la théorie de la « forteresse vide » à la notion de « trouble envahissant du développement » : un conflit sans fin en France.
 
A. Les années 1940-1960 : quand une théorie scientifique qui vise à comprendre la souffrance de l’enfant provoque la souffrance des parents et des enfants.
 
Le drame de l’autisme représente un exemple particulièrement douloureux des conséquences que peuvent avoir des théories sur les causes d’un handicap ou d’une maladie en termes de souffrance humaine et de respect de la personne.
Les théories psychanalytiques de l’autisme — les théories psychodynamiques, dont le concept de « forteresse vide (3) » — proposées durant les années 1950 pour décrire et expliquer le monde intérieur des enfants souffrant d’autisme, ont conduit à une mise en cause du comportement des parents, et en particulier des mères, décrites comme des « mères frigidaires », « mères mortifères » dans le développement du handicap (voir Annexe 3).
Considérer la mère comme coupable du handicap de son enfant, couper les liens de l’enfant avec sa mère, attendre que l’enfant exprime un désir de contact avec le thérapeute, alors qu’il a une peur panique de ce qui l’entoure font mesurer la violence qu’a pu avoir une telle attitude, les souffrances qu’elle a pu causer, et l’impasse à laquelle cette théorie a pu conduire en matière d’accompagnement, de traitement et d’insertion sociale.
 
(3) Bruno Bettelheim. The Empty Fortress : Infantile Autism and the Birth of the Self. Free Press, 1967
 
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p. 5-6
 
B. La révolution des années 1980 : l’émergence du concept de « trouble envahissant du développement ».
(…)
Depuis les années 1980, la classification internationale des syndromes autistiques comme « troubles envahissants du développement » a conduit à l’abandon de la théorie psychodynamique de l’autisme et de la notion de « psychose autistique » dans la quasi-totalité des pays, à l’exception de la France et de certains pays d’Amérique latine, où la culture psychanalytique exerce une influence particulièrement importante dans la pratique psychiatrique.
À cette opposition ancienne et marquée, dans notre pays, entre des conceptions et des approches de nature essentiellement psychanalytique par une grande proportion de psychiatres, et la demande pressante, de la part des associations de familles d’un accès aux approches éducatives et thérapeutiques développées au niveau international, commencent à se substituer, de manière encore trop minoritaire, des formes intéressantes de participation de psychanalystes à des modalités d’accompagnements et de prises en charge multidisciplinaires fondées sur les approches éducatives recommandées au niveau international — un changement dont on ne peut que souhaiter le développement.
 
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p. 15-16
 
VI. Insertion sociale et droits civiques.
(…)
Ainsi, contrairement à ce que beaucoup ont tendance à croire, le non-respect de la dignité humaine des personnes atteintes de syndrome autistique dans notre pays ne s’explique pas par des réticences de nature économique : il s’explique avant tout par des réticences de nature culturelle.
En Suède, l’absence d’insertion sociale est considérée comme une « maltraitance », et une atteinte aux droits civiques.
Au lieu de considérer, comme trop souvent dans notre pays, que parce que des enfants et des personnes adultes ont des problèmes d’interaction sociale, il faut d’abord les exclure de la société et les isoler dans des institutions avant de pouvoir les accompagner, l’idée, dans ce pays, est qu’il faut leur donner accès à ce dont ils manquent, et à quoi chacun a droit : la capacité de vivre, aussi pleinement que possible, avec les autres, parmi les autres.
Malgré des efforts importants réalisés depuis une dizaine d’années, la situation en France dans ce domaine est toujours dramatique.
 
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p. 16-17
 
VII. Pour une remise en cause
 
A. Pour une remise en cause des clivages liés aux approches dualistes.
(…)
Si la vision psychanalytique de la cause de l’autisme a été, et est toujours trop souvent encore dans notre pays, cause de souffrance pour les enfants et leurs familles, certaines visions neurobiologiques réductrices de l’enfant peuvent aussi être source de souffrance (16).
La question n’est donc pas seulement celle de la validité scientifique des théories, mais aussi de la nécessité d’une interrogation permanente sur le risque de causer la souffrance au lieu de la soulager : le souci permanent doit être le respect de la personne.
La personne est continuellement en train de se construire.
Elle est toujours plus que son handicap, et que la cause supposée de son handicap.
 
 
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p. 18
 
B. Pour une remise en cause des conduites qui ajoutent de la souffrance à la souffrance.
 
Il nous faut refuser une fois pour toutes de faire un lien a priori entre la recherche ou la découverte de la cause d’un handicap ou d’une maladie et la recherche automatique d’un « coupable » qui conduit à la stigmatisation.
Il s’agit là d’un impératif éthique.
Le « coupable » n’est ni le gène, ni la filiation, ni la société.
Il y a seulement des êtres qui souffrent et qu’il nous faut accompagner, accepter comme des membres à part entière de notre collectivité, dont il faut s’approcher sans procès d’intention ni insultes à l’égard de qui que ce soit, et à qui il faut d’autant plus reconnaître leurs droits fondamentaux — à l’éducation, à la solidarité, à la vie parmi les autres — que leur extrême vulnérabilité les empêche de les revendiquer.
 
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p. 19
 
C. Pour une remise en cause du déni du droit à l’éducation de l’enfant.
 
Une prise en charge des enfants atteints de syndrome autistique qui ne soit pas centrée sur l’éducation comme priorité absolue n’a pas de sens.
En Belgique, c’est le ministère de l’Education nationale qui est le maître d’œuvre de la prise en charge des enfants atteints de syndromes autistiques.
Les médecins, au même titre que d’autres spécialistes, complémentent cette prise en charge.
En France, ce sont les médecins psychiatres qui sont les maîtres d’œuvre de la prise en charge, et l’accès à l’éducation est souvent considéré comme accessoire.
La plupart des écoles refusent les enfants qui ont été inscrits, en raison d’une part d’un manque d’éducateurs formés, mais aussi d’un refus fréquent des parents d’élèves de voir un enfant atteint de syndrome autistique être accueilli dans la classe de leur enfant.
Ce refus peut même se traduire par des pétitions.
Et il manque des structures adaptées à une prise en charge éducative.
La seule reconnaissance symbolique d’un droit à l’éducation comme substitut à un accès réel à ce droit constitue un problème éthique majeur.
L’éducation doit être la finalité absolue de toute aide et de tout traitement.
 
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p. 19-20
 
E. Pour une remise en cause du déni de droit au choix libre et informé des familles.
(…)
Une deuxième raison de l’absence d’accès au consentement libre et informé est que la plupart des structures d’accueil n’offrent pas de choix, et proposent une prise en charge qui correspond à leur propre expérience, qui peut être fondée soit sur des approches exclusivement d’inspiration psychanalytique, soit sur l’utilisation prépondérante de psychotropes, et est souvent dénuée de toute prise en charge éducative.
Le manque dramatique de structures d’accueil et l’absence le plus souvent de choix concernant les modalités de prise en charge, et notamment de possibilité de prise en charge éducative, conduisent dans les faits, à l’égard des familles, à un déni pur et simple d’accès au choix libre et informé.
 
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p. 26-27
 
Annexe 3
 
Les théories psychanalytiques de l’autisme ont eu dans un premier temps pour effet positif d’individualiser l’autisme comme une maladie particulière, conduisant à sortir certaines personnes atteintes d’autisme des « asiles » psychiatriques où elles étaient internées pour tenter de les prendre en charge dans des institutions spécifiques.
Mais elles ont dans le même temps entraîné une stigmatisation et une culpabilisation intenses des parents qui étaient d’une part contraints d’abandonner à d’autres leur enfant, et, d’autre part, étaient rejetés et abandonnés à eux-mêmes.
La théorie était que consciemment ou non la conduite de la mère était en cause dans l’émergence d’une « psychose autistique » chez l’enfant.
L’accent mis sur la responsabilité et la stigmatisation de la mère a abouti à séparer l’enfant de sa famille.
Les parents, jugés responsables, ont longtemps été exclus d’une véritable communication avec leur enfant et même avec les psychiatres, qui considéraient qu’ils n’avaient pas de réponse précise à apporter à leurs questions.
Seule importait l’émergence éventuelle d’une demande de l’enfant comme élément de la conduite thérapeutique.
 
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Antériorité : Avis CCNE no47 du 10 janvier 1996 « Sur la prise en charge des personnes autistes en France »  

http://www.ccne-ethique.fr/docs/fr/... : « Avis sur la prise en charge des personnes autistes en France. Rapport. » No47 — 10 janvier 1996


Avis-recommandations du CCNE « Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme »



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