2012-03-10 Ce que c’est que le DSM, à commencer par son titre intégral • Avec propositions constructives — Par frdm • • Et « STOP DSM », pétition de Manifeste pour une psychopathologie clinique non statistique

Adresse abrégée du présent article : http://lta.frdm.fr/189
Document du samedi 10 mars 2012
Article mis à jour le 10 avril 2012
par  frdm

Voir aussi pour une série d’articles d’actualité sur le DSM-V en projet : http://www.psychomedia.qc.ca/taxono...

Dont : Nouveaux diagnostics psychiatriques du DSM-5 : restera-t-il des gens normaux ? s’inquiètent des experts.

Ce que c’est que le DSM, à commencer par son titre intégral • Avec propositions constructives — Par frdm  

Ci-dessous / frdm, À parfaire

Si l’on croit Wikipedia en français, « La quatrième édition (DSM-IV) est publiée en 1994 et reconnaît 410 troubles psychiatriques. ». Si l’on en croit Wikipedia en anglais, « In 1994, DSM-IV was published, listing 297 disorders in 886 pages. ». D’ailleurs 297, 410 ou 3512 troubles, qu’importe.

Examinons d’abord le titre de la chose.

Dans la version originale en langue anglaise, subs. américaine :
« DSM : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ».
Dans la traduction en langue française :
« Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ».

Tout anglophone qui connaît « Law and Order » ne peut ignorer l’essence orthonomique du terme « disorder ». Le français « trouble » pour prétendument traduire ce terme est un trompage sémantique. Déjà dans le titre en français, cela commence mal. Il est donc hors de question de se passer du titre original en anglais pour comprendre ce que c’est que le DSM.

C’est un catalogue de « désordres » à donc remettre en ordre. C’est écrit dessus.

Il présente des centaines de « désordres » (et pourquoi pas des milliers), adoptés par… votes, au motif explicite de statistiques (c’est dans le titre…) voire de prévention. Le but de soins aux patients effectifs est déjà pollué par des intérêts autres, notamment de politique publique. Intérêts qui peuvent être parfaitement nobles, mais qui ne sont pas ceux des patients effectifs. On comprend dès lors comment l’on va arriver à 500 « désordres », puis 2000, etc.

Dans ces conditions, le principe même de DSM semble n’avoir de valeur que pour ce que l’on appelle en France la politique publique de santé, tandis que s’agissant de l’intérêt des patients individuels effectifs et de leurs soins, ce serait dans ces conditions une nuisance, puisque immanquablement les patients vont croire que ce qui sont des catégories statistiques sont… des maladies. S’ensuit « je suis ceci, je suis cela » (du nom des catégories statistiques infinies).

Comment de façon constructive dénommer et présenter les principes de ce qu’est du point de vue matériel l’actuellement dénommé DSM ?

D’abord les termes sans problème apparent (et identiques en français et en anglais, la « traduction » consistant en francisation) :
— Manuel : mais « nomenclature » paraîtrait plus approprié, quoique moins « valorisant » ;
— Diagnostique : le terme peut être conservé, compte tenu des observations qui vont suivre (plus bas) — mais ce qui est ambigü (et donc inapproprié) en syntaxe anglaise, et inadmissible en syntaxe française, est que ce soit le manuel qui soit « diagnostique » (un acte est diagnostique, mais un manuel ?…) ; par ailleurs ce terme n’est pas propre au vocabulaire médical, on fait des diagnostics s’agissant d’automobiles ;
— Statistique : ce terme est essentiel pour décrire ce qu’est le DSM ;
— Mentaux : ce terme semble plus approprié ici que tout terme composé avec la racine « psych- » (« psych- » désigne par hypothèse ce dont l’origine dans le corps, ou même, plus précisément, dans la boîte crânienne, n’est pas identifiée : c’est la spécificité essentielle de « psych- », sans laquelle ce terme perd toute spécificité).

Il reste toujours à remplacer le terme « disorder », orthonomique et non caractéristique de la médecine, et bien sûr sa fausse traduction par « trouble », d’une vaguitude consternante (« je suis troublé par vos propos »).

Il faut donc un terme (ou expression) de substitution radicale, qui remplisse les conditions suivantes :
— un terme propre à la médecine : il est inconcevable de ne pas signifier expressément dans le titre le caractère médical du DSM ; les « choses » en question ne figurent et ne peuvent figurer dans le DSM que pour leur caractéristique médicale, et la prétention légitime médicale à les « soigner » (au sens au moins minimal d’en prendre soin, un soin de santé) ;
— un terme qui élimine la prétention à diagnostiquer des troubles « portés » par les personnes, au lieu de diagnostiquer les personnes : car cette prétention fait perdre au DSM son ambition « athéorique », puisque diagnostiquer quelque chose que « porte » la personne implique en matière « mentale » la distinction entre le corps et ce que les religions dénomment l’âme (et selon la devise américaine affichée dans les tribunaux et sur les billets de banque : « In God we trust »). En matière somatique, on ne dira jamais que la personne « porte une maladie du foie », « porte un trouble du foie » : elle la/le présente ; le verbe « porte » n’est employé que s’agissant des gènes (et en virologie) : « il est porteur du gène XYZ », pour exprimer spécifiquement que les gènes s’expriment ou ne s’expriment pas (dominance, récessivité, épigénétique…) ;
— un terme qui dans l’exemple de l’autisme, ou « désordres / troubles du spectre autistique » (selon la terminologie DSM précisément en cause), ne préjuge pas de la nature de l’autisme (au singulier ou au pluriel ?), en ne préjugeant pas de l’articulation entre l’autisme éventuellement génétique / épigénétique, et ce qui en résulte que l’on a l’ambition de « soigner » en tant qu’inconvénient (toujours au sens au moins minimal d’en prendre soin, un soin de santé) ; et ainsi dans bien d’autres cas que celui de l’autisme (où même la conviction génétique ne s’accompagne pas d’une thérapie génique) ;
— un terme qui évite que les patients s’identifient à ce que sont les catégories essentiellement « statistiques », selon le terme titral essentiel du DSM, dont le contenu est d’ailleurs en constante évolution et constant remaniement au fil des décennies : ce qui était « vrai » hier ne l’est plus aujourd’hui et le sera peut-être à nouveau demain.

Ce « terme » semble être l’expression : « manifestations de pathologie mentale ».

Parce que :
— le terme « pathologie » doit être assumé ; il est caractéristique de la médecine (même s’il est partagé avec la médecine vétérinaire et éventuellement la « médecine » phytosanitaire : il est caractéristique du vivant, et exclu de la mécanique, par exemple automobile) ; il fait référence dans l’origine de la langue, l’héritage qui nous en reste, à l’Agamemnon d’Eschyle — http://lta.frdm.fr/75 —, et n’est en rien méprisant, ni dans cette source, ni dans l’usage actuel ;
— « pathologie mentale » doit être au singulier, il s’agit de la notion générique, autrement au pluriel l’on retombe dans l’incitation à l’identification des patients à leur pathologie, qui sont en l’occurrence les catégories statistiques du DSM (en constante évolution et constant remaniement au fil des décennies : ce qui était « vrai » hier ne l’est plus aujourd’hui et le sera peut-être à nouveau demain) ;
— « manifestation », car il n’est pas admissible que lorsque l’on parle de « psych- » ou de « mental », il s’agisse d’autre chose que d’une manifestation du corps — par exemple, l’on trouve fréquemment l’expression affreuse « dimension psychique, psychologique », qui est une expression totalement mystique, au lieu de « aspect psychique, psychologique » — et il doit être expressément signifié qu’il s’agit d’une manifestation du corps (ou aspect : « regard vers », mais cette notion est moins « matérielle » que celle de « manifestation » : la notion d’aspect devrait être réservée à la notion de psych-, tandis que celle de manifestation correspond mieux à celle de « mental »).

Le DSM devrait donc être dénommé, pour ce qu’il est en réalité, ici en langue française :

« Nomenclature / Manuel pour le diagnostic et de statistique des manifestations de pathologie mentale ».

L’introduction du terme « pour » est de connotation promotionnelle : c’est parfait, dans une dénomination correcte.

Les patients présenteront des « manifestations de pathologie mentale » : dans certains cas, ce seront des maladies par exemple d’origine strictement génétique (et même pas épigénétique), dans d’autres, ce seront des manifestations d’origine parfaitement inconnue, caractérisées par le terme « psych- ».

Il est aberrant que les psychiatres américains responsables du DSM aient été incapables, depuis des dizaines d’années et les éditions successives du DSM, de dénommer correctement leur « Manuel ». Ils ont contaminé le monde entier par une terminologie titrale et principielle, donc par une « pensée », non pas prétendument « athéorique », mais orientée de façon inepte, et par dessus tout dénaturante de la nature même de ce qu’est le DSM qu’ils produisent.

On doit en conclure que les (?) psychiatres sont incompétents pour dénommer et « principier » leur propre travail qu’est le DSM. C’est parfaitement correct : il n’y a aucune raison pour que les psychiatres en général, en tant que tels, même réunis en troupeau américain, aient des compétences linguistiques suffisantes pour éviter les pièges de leur propre… inconscient…

En attendant, l’on rencontre l’assertion « Le DSM n’est qu’un outil de diagnostic de tel ou tel trouble et ne saurait en aucun cas être utilisé comme diagnostic d’une personne »… ou : c’est un outil de diagnostic mais qui ne doit pas servir à faire des diagnostics ?

Mais si les « troubles » (in DSM : « disorders ») psychologiques (mentaux) font l’objet de diagnostics qui ne sont pas ceux de la personne, c’est que la psyché (« mentalité ») est distincte du corps. Le DSM (ou l’assertion précitée) n’est donc pas « athéorique », il porte la doctrine de la « psyché » distincte du corps. Autrement dit, il diffuse la croyance en l’âme distincte du « corps ». (Ce qui est parfaitement américain. « In God we trust ».)

On peut aussi comprendre la notion de « porteur de trouble » autrement, comme une confirmation de la doctrine freudienne selon laquelle nous sommes tous « porteurs » de pathologie mentale, qui à l’instar des gènes s’exprime plus ou moins. Gènes à propos desquels précisément le terme « porteur » est caractéristique. L’on emploie aussi la notion de « porteur » à propos de virus tel celui VIH, dont les manifestations constituent le Sida, alors que dans de rares cas les manifestations n’apparaissent jamais, même sans médication destinée à retarder, le cas échéant indéfiniment, l’« expression » du VIH. On appelle ces cas des « porteurs sains » du VIH. Donc dans le cas de la schizophrénie par exemple, si l’on emploie le terme « porteur », « porteur de trouble / désordre », cela implique aussi la notion de « porteur sain ». C’est donc du Freud tout craché, qui avait intégré la notion de « porteur » le cas échéant sans employer le terme, bien avant la découverte des gènes, même si l’on en soupçonnait la notion. Et au demeurant Freud n’avait nullement le monopole de cette approche…
Et donc, si ce n’est pas la croyance en l’âme distincte du corps qui est diffusée, dans le cadre du DSM la notion de « porteur de trouble (mental) » n’est pas athéorique, puisqu’elle est caractéristique de Freud (qui cependant n’en avait pas le monopole).

C’est pourquoi, dans une démarche constructive à propos du DSM, on doit rejeter cette notion de « porteur », sauf à assumer la doctrine freudienne comme vérité générale (et dont il n’avait nullement le monopole). Selon cette lecture en apparence paradoxale, si dans le cadre du DSM l’on emploie la notion de « porteur (de trouble / désordre) », alors le DSM est… freudien. Plus ils ont voulu le fuir, plus ils l’ont retrouvé : c’est la révolution (le retour au point de départ).

Si, d’un autre côté, l’on considère l’apparentement freudien comme infondé, d’une part (ou que l’on ne le veut pas le voir), et que d’autre part l’on exclut l’âme distincte du corps, alors force est de constater que l’expression « porteur (de trouble / désordre) » est d’une servilité confondante à l’égard de la génétique (et de la virologie), et ceci y compris dans l’abstraction de toute épigénétique, et dans ce cas le DSM n’est pas non plus « athéorique ».

D’aucuns exposent que le DSM actuel a pour portée de supprimer la notion de psychiatrie, au profit de celle de neurologie, et que c’est en cela qu’il n’est pas « athéorique » (d’ailleurs à propos de quoi que ce soit notion, prétention pathologique, « diabolique »). Mais je dis que c’est encore plus radical : par les termes, la notion de « porteur de désordre (faussement traduit en français par “trouble”) », le DSM propage une idéologie génétique, dont pour la contrer le public intéressé ne connaît pas l’infinie complexité épigénétique, que même les « professionnels » négligent. Et en même temps, par les mêmes termes, en un paradoxe fumant, en sourdine le DSM propage une idéologie de l’âme distincte du corps (sauf à… rejoindre la doctrine freudienne).

Enfin, pour la minute culturelle, pour ceux qui aiment la philosophie notamment, en particulier Aristote, mais surtout d’abord Eschyle, voir : Psychopathologie et « páthei máthos », éléments par Stefan Hassen Chedri — et notes sur la « psykhế » (psyché), à l’adresse : http://lta.frdm.fr/75

François-R. Dupond Muzart

Lien vers le présent article sur Page Facebook Jacques Lacan, 45 000 abonnés.


Pétition de MANIFESTE POUR UNE PSYCHOPATHOLOGIE CLINIQUE NON STATISTIQUE  

Source et signature : http://goo.gl/h62fE
(Nombre = prénom, Apellido = nom de famille, Ciudad = commune, Pais = pays.)
Site du manifeste : http://stopdsm.blogspot.com
Information et contact : stopdsm gmail.com

Par le présent texte, les professionnels et organisations signataires, se prononcent en faveur de critères cliniques de diagnostic, et par conséquent à l’encontre de ce qui est imposé par le « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders » ou DSM-IV par l’Association de Psychiatrie américaine comme grille de critères unique pour la clinique de la symptomatologie psychiatrique.

Nous souhaitons partager, débattre et nous mettre d’accord sur les connaissances cliniques concernant les pathologies psychiques — souffrances symptomatiques et non pas maladies — afin de mettre en question une santé psychique qui serait statistique ou normative, ainsi que l’imposture clinique et intellectuelle du « désordre », du « trouble », de la « maladie » mentale. Nous voulons aussi dénoncer que soit imposé un traitement unique — thérapies codifiées pour troubles formatés — au mépris des différentes théories et stratégies thérapeutiques et de la liberté de choix du patient.

En ce moment nous assistons à la naissance d’une clinique qui fait chaque fois moins de place au dialogue, qui est de plus en plus indifférente aux manifestations de souffrance psychique, qui est cramponnée aux protocoles et aux traitements exclusivement palliatifs des conséquences, et non des causes. Comme le disait G. Berrios (2010) : « Nous sommes confrontés à une situation paradoxale dans laquelle il est demandé aux cliniciens d’accepter un changement radical dans la façon de concevoir leur travail (exemple : abandonner les conseils de l’expérience au profit des diktats fournis par des données statistiques impersonnelles) quand, en réalité, les fondements actuels de la certitude ne sont autres que ce que disent les statistiques, les théoriciens, les gestionnaires, les entreprises (comme l’Institut Cochrane) et les investisseurs capitalistes qui sont précisément ceux qui disent où se trouve l’argent ».

Par conséquent, nous défendons un modèle de santé où la parole serait une valeur à promouvoir et où chaque patient serait considéré dans sa singularité. La défense de la dimension subjective implique la confiance dans ce que chacun met en jeu pour traiter quelque-chose en soi qui se révèle insupportable, étranger à soi, et cependant familier. Nous manifestons notre répulsion à l’égard des politiques d’assistance qui recherchent la sécurité au détriment des libertés et des droits. À l’égard des politiques qui, sous couvert de bonnes intentions et de la recherche du bien du patient, le réduisent à un calcul de rendement, à un facteur de risque ou à un indice de vulnérabilité qui doit être éliminé, à peine moins violemment que par la force.

Quelle que soit la discipline, l’approche de la réalité de son objet se fait au travers d’une théorie. Ce savoir limité ne saurait se confondre avec La Vérité, car cela supposerait de faire comme une idéologie ou une religion, où toute pensée ou événement, et y compris le langage utilisé, servent à forcer à faire un lien (re-ligare) entre savoir et vérité. Tout clinicien qui a un certain esprit scientifique sait que sa théorie est ce qu’Aristote appelait un Organon, c’est à dire un outil pour approcher une réalité qui est toujours plus multiple et changeante, et dont les classifications doivent laisser de la place à la manifestation de cette diversité, permettant ainsi le progrès théorique aussi bien que pratique.

Cette conception s’oppose à l’idée de règle au sens où nécessairement, obligatoirement et inéluctablement les choses sont et doivent fonctionner d’une manière déterminée. Nous savons tous quelles sont les conséquences de cette position qui va de l’orientation vers la norme, à la prescription, pour finir par devenir contrainte. C’est ici que le savoir se transforme en exercice du pouvoir : quand il sanctionne, au sens large, ce qui obéit ou n’obéit pas à cette règle. Ordonnancement de la subjectivité à l’Ordre Social que réclament les marchés. Tout pour le patient sans le patient. Un savoir sans sujet est un pouvoir sur le sujet. C’est ce que J. Peteiro a appelé l’autoritarisme scientifique.

C’est pour tout cela que nous voulons manifester notre opposition à l’existence d’un Code Diagnostic Unique Obligatoire et Universel.

Par ailleurs, le modèle a-théorique dont se pare le DSM, et qu’on a voulu confondre avec de l’objectivité, nous parle de ses failles épistémologiques. Il n’est que d’évoquer son manque de définition concernant ce que nous pouvons comprendre par « trouble mental » ou « santé psychique ». Le contenu de cette taxonomie psychiatrique relève plus d’ententes politiques que d’observations cliniques, ce qui engendre un problème épistémologique très grave.

Quant à la méthode de classification du DSM, on constate qu’on peut classer, entasser ou regrouper beaucoup de choses, mais que ce n’est pas établir une entité nosographique dans un champ déterminé.

Enfin, dans la même veine que ce qui précède, les statistiques utilisées ont un point de départ faible : l’ambiguïté de l’objet auquel elles sont appliquées, c’est à dire le concept de « trouble mental ». Les statistiques se présentent comme une technique, un outil qui peut être mis au service de questions multiples et en tous genres. Ce sont les mêmes personnes qui définissent les items et les valeurs de base de la courbe statistique, qui décident aussi de l’inclinaison plus ou moins éloignée de la marge de ce qui va être quantifié et interprété ultérieurement.

Dans ce contexte de pauvreté et de confusion conceptuelle, la prochaine publication du DSM-V suppose une menace évidente : personne ne sera à l’abri de quelque-chose qui le stoppe, qui en fasse un malade. Il ne restera pas d’endroit pour la santé, en termes de changement, de mouvance, de complexité ou de multiplicité des façons d’être. Tout le monde malade, tout le monde victime de « trouble mental ». Toute manifestation de mal-être sera rapidement convertie en symptôme de « trouble mental » qui nécessitera une médicalisation à vie. C’est le grand saut qui a été fait sans aucun appui épistémologique : de la prévention à la prédiction.

Des seuils diagnostics plus bas pour beaucoup de « désordres » existants ou de nouveaux diagnostics qui pourraient être extrêmement courants dans la population générale, voilà de quoi nous prévient Allen Frances, chef de groupe de travail du DSM-IV, dans son écrit « Ouvrant la boîte de Pandore ». Faisant référence aux nouveaux « troubles » que comprendra le DSM-V, cet auteur cite quelques-uns des nouveaux diagnostics problématiques :
— Le syndrome de risque de psychose (« c’est certainement la plus préoccupante des suggestions. Le taux de faux-positifs serait alarmant, de l’ordre de 70 à 75 % »).
— Le « trouble » mixte d’anxiété dépressive [ce qui s’appelait jadis la dépression névrotique ?].
— Le « trouble » cognitif mineur (« il a été défini pour des symptômes non spécifiques (…) le seuil a été fixé pour (…) inclure un énorme 13 % de la population ») [Il avait été question jadis de MBD, minor brain dysfunctions, troubles de soft, Touwen, in : Wallon : La Vie mentale, p. 66].
— Le « trouble » de l’excessivité.
— Le « trouble » dysfonctionnel du caractère avec dysphorie.
— Le « trouble » de la déviation sexuelle [Dans le DSM IV, il y a des pédophiles, mais plus d’homosexuels].
— Le « trouble » de l’hypersexualité.
— etc.

[Contradiction massive : tout le monde est jugé potentiellement malade, en même temps que convoqué au « travailler plus », autrement dit au « sur-travail » (Überarbeit).]

Par conséquent, il y a augmentation du nombre de « troubles » et augmentation aussi du champ sémantique de nombre d’entre eux, comme le fameux TDAH, [Trouble de déficit de l’attention / hyperactivité], qui non seulement se permet un diagnostic fondé seulement sur la présence de symptômes, et ne requérant pas l’incapacité, mais encore est réduit pour les adultes à la moitié du nombre des symptômes requis. Le diagnostic TDAH se rencontre aussi dans l’autisme, ce qui impliquerait la création de deux fausses épidémies et engendrerait une augmentation de l’utilisation de stimulants dans une population particulièrement vulnérable.

Si l’on relie ce traitement statistique avec l’hétérogénéité thématique des groupes de travail, qui se multiplient et vont de l’identité en passant par l’adaptation des pulsions, l’hypersexualité, les changements d’humeur, etc., force est de constater que les classifications internationales prétendent être totalement autonomes par rapport à une quelconque empreinte théorique et, par conséquent, libres de tout type de contrôle sur le plan de la rigueur épistémologique. Cependant, nous ne croyons pas que les classifications et traitements puissent être neutres par rapport aux théories étiologiques, comme on le prétend, et dans le même temps être neutres par rapport à l’idéologie du Contrôle Social, et à des intérêts autres que la clinique.

Paul Feyerabend, dans Le mythe de la science et sa mission dans la société, nous dit : « À la base, c’est à peine s’il y a une différence entre le processus qui conduit à l’énonciation d’une nouvelle loi scientifique et le processus qui précède un nouvelle loi dans la société ». Il semble, poursuit cet auteur dans Adieu la Raison, que : « Le monde dans lequel nous vivons est trop complexe pour être compris par les théories qui obéissent aux principes (généraux) de l’épistémologie. Et les scientifiques, les politiques — toute personne qui veut comprendre et/ou avoir une influence dans le monde —, prenant en compte cette situation, violent les règles universelles, abusent des concepts, déforment les connaissances déjà acquises et empêchent constamment les tentatives pour imposer une science au sens de nos épistémologues. ».

Enfin, nous voulons attirer l’attention sur le danger que représente pour la clinique des symptômes psychiatriques le fait que les nouveaux cliniciens sont formatés, délibérément, dans l’ignorance de la psychopathologie classique, puisque cela entre dans la dialectique entre théorie et clinique, entre savoir et réalité. La psychopathologie clinique qui déjà n’est pas enseignée dans nos facultés non plus que dans nos programmes de formation (…). Cependant, ils sont instruits du modèle d’indication… pharmacologique : universalisation de la prescription pour tous et pour tout, et qui ne se différencie en rien d’un distributeur automatique d’étiquettes psy et de réponses médicamenteuses. Ce que nous dénonçons est une méconnaissance des fondements de la psychopathologie, un obscurcissement de taille au moment d’examiner les patients et, par conséquent, une limite plus que considérable au moment d’établir un diagnostic.

Dans la mesure où la connaissance est la forme la plus éthique que nous ayons de nous approcher de notre réalité plurielle, la coexistence de différents savoirs sur la complexité de l’être humain n’est pas un problème.

C’est pour tout cela que nous proposons de mettre en œuvre des actions qui auraient pour objectif de poser des limites à tout ce processus croissant des classifications internationales, et de travailler avec des critères de classification qui auraient une base solide en psychopathologie et qui, par conséquent, proviendraient exclusivement de la clinique.

Barcelone, le 14 avril 2011

Site du manifeste : http://stopdsm.blogspot.com

Nous serons reconnaissants pour la diffusion maximum de ce premier manifeste (suivi d’autres, de pays différents).

Les éléments recueillis seront traités de façon confidentielle (ils ne seront publiés qu’au moment de présenter les adhésions à un organisme officiel).

Les groupes et organisations qui souhaitent adhérer à la campagne peuvent envoyer un courrier à stopdsm gmail.com

Information et contact : stopdsm gmail.com

Pour signer cliquer ici : http://goo.gl/h62fE
= https://spreadsheets.google.com/vie...
——
Nombre = prénom
Apellido = nom de famille
Ciudad = commune
Pais = pays


Nota bene s’agissant des commentaires de lecteurs, à la suite du présent article :

Ceci est un site “professionnel”. Les commentaires sous le présent article n’ont pas à être “professionnels”, mais ils doivent être étroitement connexes à l’article, y compris en critiquant même fortement celui-ci. C’est-à-dire que les “généralités” sans fondement dans l’article ne seront pas admises. Pour autant la “modération” des commentaires du présent article est “a posteriori”, il n’y a pas ici de contrôle, censure “a priori”, aussi la “règle” de connexité à l’article ne pourra pas toujours être imposée.


Commentaires

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lundi 17 octobre 2016 à 03h04 - par  Rashad

I’m retired http://gatherevents.com/diy indication duloxetine cheaper than cymbalta fled building « The dollar faces a lot of key event risk in the week aheadwith the release of the U.S. Q2 GDP report and latest FOMCpolicy meeting on Wednesday followed by the release of the U.S.employment report for July on Friday, » said Lee Hardman,currency strategist at Bank of Tokyo Mitsubishi.

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lundi 17 octobre 2016 à 03h04 - par  Pedro

Why did you come to ? http://www.flexi-liner.com/about-us/ acquired presented buy wellbutrin online cheap ram clank James Harmon, a former Ex-Im Bank chairman, said the bank probably wouldn’t have a problem funding « a Russian oligarch with ties to Putin, » as long as he was creditworthy. But a U.S. investigation into Timchenko-linked companies that implicated Timchenko might complicate matters, he said. « Ex-Im would consider any findings by the (Justice Department), » Harmon said.

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lundi 17 octobre 2016 à 03h04 - par  Ella

I like watching TV http://www.flexi-liner.com/about-us/ misery southern buy cheap bupropion online backward Facebook’s $1.813 billion in second-quarter revenue wasabove the average analyst expectation of $1.618 billion,according to Thomson Reuters I/B/E/S. Facebook had $1.184billion in revenue in the year ago period.

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lundi 17 octobre 2016 à 03h04 - par  Amado

Free medical insurance http://kereta.info/hydrofuel/ invited escitalopram buy uk accuracy collar Health Care Counselor Ayaz Ahmed (R) discusses Obamacare options with client John Batteiger (L) at the Community Service Society on East 22nd St. on Tuesday October 1, the day Obamacare is launched.

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lundi 17 octobre 2016 à 03h03 - par  Logan

I study here http://www.gettystewart.com/saskato… elderly movie cheap ventolin uk nicest The U.S. and China introduced a new round of sanctions against North Korea at the United Nations that the U.S. said would significantly impede the development of Pyongyang’s nuclear and missile programs, in response to its test last month of an atomic bomb.

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samedi 15 octobre 2016 à 00h40 - par  JimmiXzS
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samedi 15 octobre 2016 à 00h25 - par  JimmiXzS
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lundi 10 octobre 2016 à 12h55 - par  Leonardo

I’m originally from Dublin but now live in Edinburgh http://www.cfastresults.com/why-cfast/ beheld constellation where can i buy cymbalta online satisfy solid L Brands Inc, the parent company of Victoria’sSecret and Bath & Body Works, was a stand-out, reporting asame-store sales gain of 3 percent for July, above forecasts fora 1.5 percent rise. Its shares rose 5 percent after it raisedits profit outlook.

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lundi 10 octobre 2016 à 02h45 - par  Reyes

An accountancy practice http://www.cfastresults.com/why-cfast/ testing nevertheless buy duloxetine hcl ingridients his In Canada they used to have what was called “The Reform Party,” mostly made up of candidates from more rural parts of Western Canada. Before they were elected, they made a big show of criticizing the so-called federal government status quo. Their claims that big government was to blame for the nation’s problems resonated with many people.

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samedi 8 octobre 2016 à 23h56 - par  Kevin

Is this a temporary or permanent position ? http://www.cfastresults.com/why-cfast/ tag buy cymbalta online australia cent discover “Of all the cities that we visited, New York City has to be the best place ever,†she says. “The lights, the different areas. People are really, really nice here. It’s not all about what fashion you’re wearing. In L.A. — I just feel like we don’t fit in. You’ve got to look a certain way, be a certain way. Here, it’s very down to earth.â€Â

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vendredi 7 octobre 2016 à 18h14 - par  Deandre

Wonderfull great site http://pacatuba.ce.gov.br/inicio/tr… prevented cheapest place to buy cymbalta beau farewell He is credited with bringing in $1 billion in new development into Newark, including the city’s first new downtown hotel in 40 years and the relocation of major companies, including Panasonic, which is building a new North American headquarters downtown.

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vendredi 2 septembre 2016 à 19h14 - par  Rubin

good material thanks https://gist.github.com/37aea32427f… hit appalling levitra prescription cost conform fixed WHO experts last month said countries at risk from MERSshould put in place plans for handling mass gatherings but theyhave stopped short of recommending restrictions on travel. (Reporting by Julie Steenhuysen ; Editing by Doina Chiacu)

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vendredi 2 septembre 2016 à 19h14 - par  Nicolas

When do you want me to start ? https://gist.github.com/e07a4f612bc… brood dot levitra generic cost armies The S&P 500 rose 2.4 percent in the past foursessions, pushing the benchmark index to within 1 percent of itsMay 21 all-time closing high of 1,669.16. Those gains camelargely on waning fears about imminent reductions to the Fed’s$85 billion a month in bond purchases.

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vendredi 2 septembre 2016 à 19h14 - par  Demetrius

Do you know what extension he’s on ? https://gist.github.com/37cd5be1316… conspicuous levitra cheapest circumstantial confuse Who’s Hank ? Hank Butitta is a recent graduate of the University of Minnesota where he earned a master’s degree in architecture. His final project toward the degree wasn’t a design for a building — it was the bus, which he converted into a motor home.

Site web : Demetrius
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vendredi 2 septembre 2016 à 19h14 - par  Santos

Do you need a work permit ? https://gist.github.com/53da01246f6… mirth levitra online rx leadership The National Book Foundation announced finalists for the awards, which are among the most prestigious in U.S. publishing, in four categories - fiction, non-fiction, young people’s literature and poetry.

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